Les Femmes de Dieu

1998 Affiche FemmesDieuCette pièce aurait pu s’appeler « de la difficulté de vouloir être Dieu » et fort heureusement Victor Haïm ne nous propose pas de solution. Il nous entraîne simplement dans les méandres d’un esprit dérangé, écartelé entre sa volonté d’être l’Eternel et ses désirs de cuissage des employés de maison.

Le point de vue de l'auteur

Pièce sur le pouvoir et son abus, quasi automatique, voire systématique, « Les Femmes de Dieu » résiste à la tentation de proposer un portrait idéalisé des femmes. Elles ont leurs vertus et leurs faiblesses… Mais elles ont en commun de subir la violence mystique d’un homme investi d’une tache d’intendant ou de régisseur qui, par la perversité de sa personnalité, confère à cette mission contingente la valeur d’un sacerdoce. Cette attitude serait acceptable si elle ne s’exerçait pas au détriment de victimes féminines qui, dans le contexte d’un 19ème siècle misogyne, subissent les quatre volontés de ce tyran (est-ce bien un problème du passé ?).

Mais la révolte gronde chez les femmes. Si certaines l’étouffent par crainte de perdre leur modeste emploi, d’autres affrontent l’intégriste ; ce n’est pas un hasard si la démystification de l’hypocrite est opérée par la plus improbable des interlocutrices : une comédienne, une saltimbanque !... bref, une actrice, symbole de l’artifice et, de ce fait sans doute, passionnée par la vérité dont elle sait évaluer le prix.

Victor Haïm, auteur

1998 FemmesDeDieu

Le mot du metteur en scène

Ce n’est pas une pièce que l’on tient, mais plutôt le contraire : c’est elle qui vous mène, vous malmène, vous perd. Elle aurait pu s’appeler « de la difficulté de vouloir être Dieu » et fort heureusement Victor Haïm ne nous propose pas de solution. Il nous entraîne simplement dans les méandres d’un esprit dérangé, écartelé entre sa volonté d’être l’Eternel et ses désirs de cuissage des employés de maison.

Il assouvira ses pulsions au nom du châtiment divin et violera pour punir le mal car c’est ainsi que Frédéric de Vit Carnasse, personnage central de la pièce, justifie la nécessité impérieuse qu’il a de trousser la petite Laurencine. Le Tartuffe concupiscent se satisfait grâce à des arguments d’ayatollah.

Le fanatisme aurait bon dos si après l’événement fondamental de la pièce, le viol, nous n’entrions dans une zone de doute profond ; c’est-à-dire si l’événement créé par de Vit Carnasse, la maladie de son maître, pour accéder à la déité, ne lui échappait et ne le transformait en un monstre minable, déchu de tout pouvoir de terreur et de tout pouvoir simplement. La vérité deviendra alors un besoin urgent, ne pourra être approchée que par l’intermédiaire d’une « menteuse » professionnelle, Armande, ex grande - amante du Maître et comédienne. Elle accouchera, avec difficulté, Frédéric de Vit Carnasse, du serpent qui l’a conduit au crime, le laissant face à sa propre finitude.

Victor Haïm nous impose une petite musique sourde, presque imperceptible, à la manière d’un violoncelle tchékovien, sans laquelle rien ne se passerait. Les bruits de la tête. Le paradoxe est permanent entre la forme et le fond : lorsque de Vit Carnasse va violenter la petite Laurencine, il n’est jamais aussi poétique. Le désespoir prend souvent la forme de l’horreur entre Charlotte et le majordome et la déception envahit Mathilde (la fille du maître) au moment où elle devrait être satisfaite. Cependant tout est lié, chaque être est perdu.

Loïc Langlais, metteur en scène